Terre de Feu

Lorsque tinte le mot « Nouvelle-Zélande » à nos oreilles européennes, les premières images associées sont généralement des paysages verdoyants, des collines couvertes de moutons ou encore de grandes plaines tout droit sorties de l’imagination de Tolkien. Mais il existe un autre visage, loin du paradis champêtre et forestier ; un enfer de soufre et d’acide, une terre de feu.

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En effet, le « pays du long nuage blanc » est situé à la jonction entre deux plaques tectoniques, la plaque pacifique (à l’est) et la plaque australienne (à l’ouest). Cette dernière glisse par subduction sous la première ce qui engendre des tensions colossales à l’origine des nombreux séismes à travers le pays. Cette situation géographique très particulière explique l’intense activité thermale et volcanique que l’on retrouve le long des failles qui bordent la zone de subduction.

Rotorua et ses environs sont l’illustration parfaite de cette activité géothermale. Les vapeurs de soufre envahissent l’atmosphère, plongeant le Kuirau Park dans une épaisse brume, chaude et malodorante.

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Inutile d’aller plus avant afin de comprendre pourquoi ces lieux ont inspirés tant de mythes et légendes. C’est d’ailleurs de l’une de ces légendes qu’est tiré le nom du parc :

In early Maori times the small lake in the park was much cooler and was known as Taokahu. Legend tells us that a beautiful young woman named Kuiarau was bathing in the waters when a taniwha (legendary creature) dragged her to his lair below the lake. The gods above were angered and made the lake boil so the Taniwha would be destroyed forever. From that time on, the bubbling lake and the steaming land around it have been known by the name of the lost woman, although the spelling has changed a little. »

Non loin de Rotorua, le parc thermal de Wai-O-Tapu offre un spectacle plus incroyable encore. Ici, les piscines de boues bouillonnent par dizaines.

Les eaux frémissantes de la Champagne Pool, chargées en élément minéraux débordent sur une terrasse de silice formée par 700 ans de dépôts.

Partout les couleurs sont irréelles, du bleu cristallin lié au chlorure alcalin à l’orange vif de l’antimoine ; du vert citron de l’arsenic au gris profond des sources carbonées. Une palette de couleurs, une aquarelle acide et vive.

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Le long de la dorsale océanique formée par le phénomène de subduction s’élève White Island, un îlot volcanique sorti tout droit du fond marin au large de la Bay of Plenty il y a 150 000 ans. Trois heures d’une navigation parfois hasardeuse mènent à ce jeune caillou jauni par les constantes émanations de soufre.

Chose frappante, l’intérieur de l’île, soumis aux incessants assauts des vapeurs sulfurées semble dénué de vie. Pas une mousse, pas un lichen.

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Même les poutres de bois, seuls vestiges du camp de mineurs détruit par une éruption en 1914, semblent avoir été poncées à la sableuse. Et pourtant, elles demeurent l’unique témoignage du passé minier de White Island.

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Les fumeroles sont légion, l’atmosphère sulfurée pique les yeux et la gorge, usage du masque à gaz recommandé pour admirer et profiter d’un spectacle qui nous rapproche un peu plus du centre de la Terre.

Au milieu de l’île, le cratère, béant, toujours bordé par une multitude d’orifices crachant vapeurs et fumées. Un lac aux eaux d’un pH proche de 0,6 occupe le centre du cratère, cette piscine du diable a pourtant plus en commun avec les conditions d’apparition de la vie sur Terre qu’avec la demeure de Méphistophélès.

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Le volcan de White Island est considéré comme étant l’un des volcans les plus actifs de Nouvelle-Zélande. Toutefois, l’île du Nord recèle d’autres trésors volcaniques. Le Tongariro National Park, situé à l’extrême sud-ouest de la célèbre ceinture de feu du Pacifique est dominé par trois géants : Ruapehu, Ngauruhoe et Tongariro. Ces mastodontes culminent respectivement à 2797, 2291 et 1978m. Ils sont apparus il y a environ 2 millions d’années et restent toujours très actifs. Les éruptions répétées plongent ces immenses montagnes noires dans une ambiance des plus surréalistes.

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Coulées de lave déchiquetées, pitons de magma figés par le temps, lacs acides, plaines lunaires où le randonneur erre cherchant des yeux le sommet d’une des ces dames enveloppées dans leur voile de brume et de vapeurs soufrées.

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L’immensité, le sentiment qu’ici, sous nos pieds, la Terre vit, gronde, respire. Ces décors et ce silence presque angoissant imposent l’humilité. Pas un oiseau, pas un insecte, seul le craquement du basalte sous les chaussures.

50 km à travers l’immensité du Tongariro National Park. De quoi oublier, durant deux jours, à quoi ressemble le reste de notre planète.

Comment évoquer le volcanisme en Nouvelle-Zélande sans passer par la case Taranaki, probablement le plus emblématique de tous les volcans. De par sa situation géographique, la « montagne solitaire » est le seul point de contact entre le ciel et la terre sur la côte ouest de l’île du Nord. Aux yeux des Maoris, le Taranaki est un tapu : un lieu sacré où les ancêtres communiquent avec les vivants.

Selon la culture Maorie, les grands volcans de l’île du Nord étaient autrefois des êtres vivants. Taranaki résidait alors au centre de l’île en compagnie des autres volcans. Pihanga était une montagne très convoitée pour sa beauté et un conflit éclata entre Taranaki et Tongariro pour le cœur de la belle. Tongariro en sortit vainqueur et Taranaki, blessé et battu, fut contraint de s’exiler vers l’ouest creusant sur son passage les gorges de la rivière Whanganui.

Il fit un arrêt en chemin et creusa la dépression des marais de Te Ngaere puis remonta vers le nord mais fut bloqué par la chaine de Pouakai, un volcan aujourd’hui éteint sur le flanc nord du Taranaki.

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Incapable d’aller plus avant, Taranaki fut pétrifié par l’aube à son emplacement actuel. Aujourd’hui, quand le Taranaki disparaît derrière des nuages de pluie, la légende dit qu’il pleure pour son amour perdu, et, pendant les couchers de soleil spectaculaires, se montre à la belle Pihanga. En réponse, les éruptions du Tongariro seraient un avertissement au Taranaki de ne pas revenir au centre de l’île.

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Existe-t-il plus belle histoire pour expliquer l’apparition de ces volcans, véritables montagnes vivantes, chargées d’histoires. Témoignages des forces colossales à l’œuvre sous nos pieds.

Pour qui aura le courage de sauter du lit afin d’admirer le lever de soleil sur les pentes abruptes du Taranaki, il entendra peut-être, dans les brumes du sommet, virevolter les voix des ancêtres.

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