L’Oiseau du Néant

Dans le brouillard d’une froide matinée d’automne, un long cri perce le silence. Strident, déchirant, il glace le sang et hérisse le poil. Le temps lui-même semble suspendu lorsque résonne cette clameur tout droit sortie d’un film d’horreur. Cri de détresse ou lente agonie ? Ni l’un ni l’autre ; il s’agit du chant peu mélodieux d’un oiseau bien particulier : le Pukeko.

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Cet « oiseau du néant » est en réalité bien plus sympathique qu’il n’y paraît à la première écoute. Natif de Nouvelle-Zélande, on l’aperçoit régulièrement dans les marais ou les vergers, en quête de quelques pommes à déguster.

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Intrépide, il s’aventure même jusqu’au bord des routes. Il incombe au conducteur une vigilance accrue lorsque le Pukeko tente de brusques traversées, souvent ératiques. Les néo-zélandais eux-mêmes le décrivent de la manière suivante :

« Oftenly seen as a brainless kamikaze with a total lack of road sense. It usually prefers to run away rather than fly because of the approximative takes-off and landings.”

En effet, ses longues pattes disproportionnées lui confèrent une rapidité déconcertante ; excellent coureur, le pukeko se tient prêt, à tout moment, à fuir courageusement devant le moindre danger.

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En revanche, son corps trapu et ses petites ailes constituent un handicap majeur au moment de prendre son envol. Quant à l’atterrissage, il s’avère des plus hasardeux.

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En dépit de cette maladresse aérienne, il n’hésite pas à s’aventurer en terres inconnues. Un simple arbre constitue alors un défi majeur, impliquant une concentration extrême due à un sens de l’équilibre très relatif.

Selon la légende maorie, Tane Hokahoka, dieu des oiseaux, aurait demandé au Pukeko de vivre dans les bois, sur le sol, pour sauver la forêt et les arbres qui commençaient à dépérir.

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Trouvant le sol trop humide à son goût, le Pukeko refusa. Tane Hokahoka implora d’autres oiseaux, comme le Tui ou le Pipiwhatauroa (coucou éclatant). Effrayé par l’obscurité des sous-bois, le Tui refusa. Trop occupé à construire son nid, le Pipiwhatauroa refusa.

Seul le kiwi accepta, et sacrifia ses ailes et ses couleurs chatoyantes pour vivre sur le sol et sauver leur habitat. Pour le remercier, Tane Hokahoka fît du kiwi l’oiseau le plus apprécié de tous, véritable symbole de la Nouvelle-Zélande. Quant aux autres oiseaux, ils furent punis de leur lâcheté : le Pipiwhatauroa ne pourra plus construire de nid et sera condamné à pondre ses œufs dans les nids d’autres oiseaux ; le Tui devint aussi noir que l’obscurité qu’il redoutait tant et porta sur le cou les deux plumes blanches du lâche ; quant au Pukeko, il fût condamné à vivre dans les marais.

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Ainsi, si par hasard vous êtes surpris, au bord d’un marais, par un effroyable cri, ne perdez pas votre sang froid. Cherchez du regard un reflet bleuté, un casque rouge ornant une masse sombre animée des soubresauts d’une plume blanche. Vous pourrez alors plonger dans le petit œil rouge vif, un œil à nul autre pareil, celui de l’oiseau du néant.

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