Tribulations Sauvages aux Quatre Coins du Monde
Fin septembre 2017, j’étais en Nouvelle-Zélande, plus précisément sur l’île du sud, dans la région de Kaikoura. Les eaux froides de l’océan austral, riches en poissons, abritaient de nombreux mammifères marins : dauphins, baleines et otaries. Ces dernières, protégées en Nouvelle-Zélande, ne sont que peu craintives vis à vis des humains et les nombreux îlots rocheux qui parsemaient la côte déchiquetée faisaient office de parfaits reposoirs. Pendant que les adultes pêchaient au large, les petits étaient regroupés en crèches sous la surveillance de quelques femelles expérimentées. Et c’était bien évidemment ces mères dévouées et leur progéniture que j’étais venu photographier, alors, afin de garantir le respect des animaux, un petit jeu de patience commençait…
A bonne distance du reposoir sur lequel se sont installées plusieurs femelles et leurs petits, j’adopte une technique qui a fait ses preuves depuis longtemps face à des animaux peu craintifs. Je m’intègre dans le paysage, non pas en me cachant mais en vacant à mes occupations, calme et concentré, mais sans prêter d’attention direct à ces otaries. Insensiblement, je me rapproche, grattant les algues par ici, retournant un galet par là. Je garde un œil sur le reposoir, de temps en temps un adulte lève la tête dans ma direction, puis reprend sa sieste, nullement inquiété par mon manège entre les rochers. Je grappille mètre après mètre jusqu’à être à bonne distance des animaux, le tout sans les avoir dérangés. Je peux maintenant commencer les prises de vues, le claquement de l’appareil photo ne trouble aucunement le repos, on est bons ! 300 photos plus tard, il est temps de changer de rocher afin d’ouvrir un nouvel angle de vue et de réaliser d’autres images. Une petite cuvette me sépare de mon nouveau poste d’observation, je me glisse donc discrètement à l’intérieur. Appareil photo à la main, je décide traverser la petite piscine formée au fond du trou et je lève doucement le pied afin de me décaler sans bruit. Je m’apprête à le poser sur le rocher suivant lorsque celui-ci se retourne dans un ronflement sonore et se replace confortablement. Ma respiration se coupe, je me fige le pied en l’air. Obnubilé par mes sujets j’ai complètement omis de vérifier où je pose les pieds ! A moitié tétanisé, je m’efforce donc de ramper hors de la cuvette le plus silencieusement possible avant de reprendre mes esprits dans un sourire un peu niais.
Une belle frayeur donc, un pas de plus aurait pu avoir de graves conséquences. Mais c’est avec de belles images que je clôturais cette journée ainsi qu’avec la promesse d’être plus attentif lors de mes billebaude littorales afin d’éviter de revivre le jour où… j’ai failli marcher sur une otarie.